Le sénateur Chasseing et ses votes

Ce Sénateur a été élu avec le vote d'élus locaux, de droite.

1/23/20264 min temps de lecture

Le système politique national est doublement lié à nos départements, circonscriptions. Pour l'Assemblée Nationale, il faut être élu à l'occasion des élections législatives. Pour être élu au Sénat, il faut que les "grands électeurs", les élus, municipaux, départementaux, régionaux, décident. Pour notre commune et notre territoire, le Sénateur en place est Daniel Chasseing, pour lequel le Maire actuel d'Egletons a voté. Mais quel est donc ce sénateur, que vote-t-il, que soutient-il ?

Un idéologue libéral sous couvert de consensus

Comme tant d'autres, Daniel Chasseing se présente comme un "pragmatique" (un homme qui se décide seulement en fonction des faits, des problèmes et des intérêts particuliers), mais la réalité, c'est qu'il ne se situe pas en dehors de l’idéologie de droite, il en est un vecteur particulièrement efficace. Son style calme, sa rhétorique de l’équilibre, donnent l’illusion d’une position « au-dessus des partis », alors qu’il reconduit les fondamentaux du libéralisme contemporain : centralité du marché, responsabilisation des individus, suspicion envers l’intervention publique forte. La dimension la plus problématique de son positionnement tient précisément à cette neutralisation du conflit : en se disant « pragmatique », il délégitime d’emblée les critiques plus radicales de l’ordre économique, comme si elles étaient, par nature, irréalistes. C'est un « gestionnaire libéral » : quelqu’un qui aménage les effets du système sans jamais envisager de le transformer, tout en se prévalant de parler au nom du bon sens et des territoires.

Au Sénat, ses choix sont "cohérents", mais ce sont des choix de droite :

1. PLFSS 2026 : austérité budgétaire et refus des dépenses sociales

Dans son explication de vote sur le PLFSS 2026 (nov. 2025), M. Chasseing déplore le déficit « hors de contrôle » (24-25 Md€ au lieu de 17 Md€) et critique les suppressions fiscales (mutuelles, tickets restaurants) comme autant d’occasions manquées d’économies. Il propose un retour à la réforme des retraites de 2023 (âge de départ à 64 ans, gel des pensions et minima sociaux), tout en invoquant la « TVA sociale » (une TVA anti sociale !), ou la CSG pour financer l’assurance maladie sans toucher au capital. « Les recettes sur le patrimoine ne compensent pas », dit-il, aligné sur une vision où les retraités et allocataires doivent « participer à l’effort » via les gels et allégements fiscaux.

2. Retraites et ALD : responsabilisation individuelle

Au PLFSS 2025, il soutient le rétablissement de la réforme des retraites (gel à 62 ans 9 mois, coûtant 1,4 Md€) et critique les ALD (affections longues durées) : « 9 M en 2012, 14 M en 2025, 18 M en 2035 ; 75% des dépenses ». Il pose un amendement pour limiter arrêts maladie (TMS, dépressions), privilégiant « l'amélioration du poste de travail » et prévention, contre « désinsertion professionnelle ». Cela traduit une logique libérale : moins d’indemnités, plus de flexibilité au travail.

3. Santé : maîtrise des coûts et concurrence

Dans PLFSS 2026, il salue 1 Md€ pour hôpitaux mais veut une « organisation CPTS avec ARS » (centres pluridisciplinaires) pour soins non programmés, et l'encadrement des arrêts, avec téléconsultation. Ses amendements portent sur cumul emploi-retraite (après 67 ans) et capital décès pour non-salariés agricoles – mesures favorisant flexibilité et privatisation indirecte des retraites. « Il faudrait débattre de retraite par capitalisation », avoue-t-il explicitement.

4. Ruralité : contre régulation environnementale

Concernant les loups (QAG), il dit défendre les éleveurs contre les « contraintes réglementaires », sans critiquer les prix bas imposés par agro-industrie. Récemment, il prend position contre le Mercosur, mais la majorité des membres et dirigeants de sa famille politique y est favorable.

Ses prises de position et ses votes l’inscrivent de fait dans une ligne libérale classique, favorable à la dérégulation économique, à la responsabilisation individuelle et à la préservation des marges de manœuvre du capital, y compris quand cela se fait au détriment des protections collectives. Derrière le vocabulaire du compromis et de la modération, ses interventions s’alignent régulièrement sur une vision où l’ajustement budgétaire, la maîtrise de la dépense publique et la « compétitivité » priment. Quand il parle de « ne pas promettre ce qu’on ne peut financer », il traduit surtout un refus d’élargir significativement les droits sociaux ou les moyens des services publics, au nom d’une discipline budgétaire qui fait porter l’essentiel de l’effort sur les usagers et les personnels. Le label « pragmatique » masque alors un choix idéologique : considérer que les marges doivent être trouvées dans la dépense sociale plus que dans la taxation du capital ou des hauts revenus. Sa prétendue défense constante des agriculteurs, des éleveurs ou des petites entreprises rurales pourrait laisser penser à une critique structurelle du modèle libéral, mais il se garde soigneusement de l’articuler. Sur les sujets comme les attaques de loups, les normes environnementales ou le ZAN, il dit se placer du côté des acteurs locaux contre les contraintes réglementaires, mais sans jamais questionner le rapport de force économique qui impose aux mêmes acteurs des prix bas, une dépendance aux grandes filières et une précarité structurelle. En pratique, il concentre la critique sur l’État régulateur et non sur les logiques de marché, ce qui revient à sanctuariser ces dernières tout en se posant en protecteur des territoires. Dans les débats sur la santé, les hôpitaux, la psychiatrie ou la sécurité sociale, son discours est celui du prétendu « réalisme » : reconnaître des besoins, mais rappeler les « contraintes » et valider des réformes qui entérinent l’austérité. Il défend des améliorations marginales, mais accepte les cadres globaux de réduction de coût, de tarification à l’activité, de gestion par objectifs, autant de dispositifs libéraux qui transforment les soins en variables d’ajustement. Cette posture lui permet de se distinguer des coupes les plus brutales, tout en accompagnant les logiques qui les rendent possibles.

Cf. ce supplément "Femmes", de l'US, journal du SNES-FSU, qui, concernant un "statut pour les AESH", précise bien en introduction, que "le Sénat a eu l'occasion historique de sortir enfin les accompagnants-es d'élèves en situation de handicap de la précarité en leur accordant un véritable statut de fonctionnnaires, mais les sénateurs en ont décidé autrement en préférant rejeter le texte de loi". Or le Sénat subit une constante majorité de droite, comme actuellement. Le sénateur Chasseing est engagé dans cette majorité, et le maire actuel d'Egletons a fait savoir à plusieurs reprises son soutien à ce sénateur.