La France "va si bien", alors, ils se "félicitent" !

A écouter les dirigeants politiques en place, qui sont majoritairement des dirigeants de droite, "la France va bien", même "très bien", et c'est pourquoi ils sont "fiers" de leurs résultats. Ah oui ? Pourtant...

2/10/20264 min temps de lecture

En Corrèze, un département rural de Nouvelle-Aquitaine, le suicide reste un fléau majeur qui frappe particulièrement les territoires comme Brive-la-Gaillarde : selon un article récent, on y enregistre environ un suicide par semaine, ce qui traduit un rythme alarmant dans une ville de taille modeste où les liens sociaux se délitent et où l’isolement pèse lourd sur les plus vulnérables. Ce constat local s’inscrit dans un contexte régional plus sombre : en 2023, la Corrèze affichait un taux de suicide standardisé de 20 pour 100 000 habitants, l’un des plus élevés de Nouvelle-Aquitaine avec la Creuse (23) et la Charente-Maritime, alors que la région comptait 981 décès par suicide cette même année, soit un taux de 15 pour 100 000 habitants stable mais toujours préoccupant. Au niveau national, la France déplorait 8 848 suicides en 2023 (taux stable à environ 13 pour 100 000 habitants), avec une surmortalité masculine trois fois supérieure et des facteurs aggravants comme la précarité économique, particulièrement chez les hommes modestes.

Ces chiffres tragiques ne sont qu’une facette d’une réalité sociale plus large : environ 350 000 personnes sont sans domicile fixe en France en 2025, dont beaucoup en hébergement d’urgence ou à la rue, un chiffre en hausse constante (330 000 en 2023, 300 000 en 2020, doublé depuis 2012 selon les estimations INSEE et Fondation Abbé Pierre). Cette explosion du nombre de personnes privées de domicile s’accompagne de 735 morts dans la rue en 2024, et de 11,2 millions de personnes en situation de pauvreté monétaire, tandis que 2,7 millions de ménages attendent un logement social et que 30% des foyers ont eu froid chez eux l’hiver dernier.

Sur le front de l’emploi, le chômage officiel au sens du BIT s’établit à 7,9% au quatrième trimestre 2025, touchant 2,5 millions de personnes actives. Le chômage officiel au sens du Bureau international du travail (BIT), tel que calculé par l'INSEE, désigne les personnes âgées de 15 à 64 ans qui répondent à trois critères stricts : absence totale d'emploi (même une heure de travail les exclut), recherche active d'un emploi au cours des quatre dernières semaines, et disponibilité immédiate pour travailler. Au 4ᵉ trimestre 2025, ce taux s'établit à 7,9% en France (hors Mayotte), soit environ 2,5 millions de chômeurs, en hausse de 56 000 sur un trimestre ; ce chiffre est publié trimestriellement via l'enquête Emploi auprès des ménages et vise la comparabilité internationale. MAIS Le chômage réel ou élargi intègre des réalités plus larges non comptabilisées dans le BIT : le halo autour du chômage (1,9 à 2 millions de personnes qui veulent travailler mais ne cherchent pas activement ou ne sont pas disponibles immédiatement, souvent par découragement ou contraintes), le sous-emploi involontaire (800 000 personnes en temps partiel contraint ou contrats courts), et les demandeurs d'emploi inscrits à France Travail (catégories A, B, C), qui atteignent 5,3 millions fin 2025, incluant ceux avec une activité réduite. Ces écarts proviennent de méthodes différentes : l'INSEE interroge 110 000 personnes par trimestre sur leurs situations objectives (sans fiabiliser les déclarations), tandis que France Travail recense les inscrits tenus de rechercher un emploi, avec des radiations administratives (déménagement, non-réactualisation) qui masquent des cas réels de précarité. Des milliers de personnes ne sont pas comptabilisées, comme si elles n'existaient pas. Ainsi, le BIT sous-estime la crise : en ajoutant halo et sous-emploi, le taux réel avoisine 11-12% (4,3 à 5 millions de personnes impactées), sans compter les 4,2 millions de CDD de moins d'un mois (moyenne 6 jours) qui génèrent des rechutes immédiates dans le chômage. Des publications récentes nous apprennent que, en 2025, il y a eu un "record" de "défaillances d'entreprises".

Face à ces indicateurs – suicides hebdomadaires en ville moyenne, centaines de milliers de sans-abris, plusieurs millions de chômeurs officiels dans un pays riche –, il n’y a aucune raison objective de se féliciter ou de minimiser la gravité des fractures sociales françaises. Cette honnêteté impose au contraire une vigilance accrue : si des progrès ponctuels existent, la tendance reste à la dégradation, et les discours triomphalistes sonnent creux devant tant de souffrances humaines concrètes qui exigent des réponses collectives urgentes plutôt que des illusions d’optimisme. Si la politique nationale est mauvaise, les politiques locales ont d'autant plus d'importance. Quand un patient va mal, qui pourrait prendre au sérieux un médecin, parce que celui-ci, connaissant l'état grave de son patient, dirait qu'il faut se réjouir de, puisqu'il n'est n'est pas encore mort ?! Souffrir d'une grave maladie qui handicape lourdement, être à l'agonie, n'est pas une vie, et les humains qui souffrent en fin de vie de telles situations disent souvent qu'ils préfèreraient que cela se termine. Mais la France, sa population, son économie, ne peuvent pas agoniser et mourir, sinon, tous les citoyens meurent. La "grande dépression" américaine dans les années 30 a provoqué ainsi des millions de décès : "Les raisins de la colère", par John Steinbeck évoque cette période tragique.

Depuis quelques années, certains citoyens français sont tentés de dire, à propos de celles et ceux qui connaissent de telles difficultés : abandonnons-les, il faut seulement s'occuper de soi et faire de l'argent. Mais ceux-là, si un accident de la vie leur imposait des difficultés comparables, ils réclameraient de l'aide, comme les personnes souffrantes sont bienheureuses d'être prises en charge par des professionnels de santé, dans un hôpital. Nous pensons qu'il ne faut abandonner personne, et qu'une meilleure politique peut permettre d'articuler une vraie solidarité et le retour de progrès économiques, indispensables. Il faut y insister : il ne s'agit pas de dépeindre une situation plus sombre qu'elle n'est, mais il s'agit aussi de ne pas la présenter comme si tout allait bien. Il faut être lucide, puisque c'est à partir d'un bon diagnostic d'une situation, que nous pouvons envisager les actions qui seront réellement positives pour tous.